Synopsis : Corniche Kennedy. Dans le bleu de la Méditerranée, au pied des luxueuses villas, les minots de Marseille défient les lois de la gravité.
Marco, Mehdi, Franck, Mélissa, Hamza, Mamaa, Julie : filles et garçons plongent, s'envolent, prennent des risques pour vivre plus fort.
Suzanne les dévore des yeux depuis sa villa chic. Leurs corps libres, leurs excès. Elle veut en être. Elle va en être.

Béatrice Thiriet et la réalisatrice collaborent depuis maintenant 20 ans. Ca a commencé avec "L'autre côté de la mer" en 1997, puis "Nadia et les hippopotames" en 1999, "Le lait de la tendresse humaine" en 2001 ainsi que "Retiens la nuit" et "Ca ne peut pas continuer comme ça" pour la télévision.  La compositrice a d'abord travaillé avec la réalisatrice Pascale Ferran qui l'a fait débuter avec le long métrage "Petits arrangements avec les morts"en 1993. Suivront, entre autres, "Lady Chatterley" en 2006, (Qui a obtenu le " Fipa d'or pour la meilleure musique de film" en 2007) et  "Bird People",  en  2014, pour lequel la musique a été nommée aux César ). Une autre de ses musiques a été nommée, au Prix Lumières cette fois, c'est "L'astragale" de Brigitte Sy. Elle a aussi composé les excellentes B.O. pour les 3 films de Marc Esposito "Le coeur des hommes". La compositrice a aussi créé des oeuvres symphoniques, de la musique de chambre "Fortune cookies" en 2003  ainsi qu'un opéra de chambre "Nouvelles Histoires d'Elle" pour lequel elle a reçu le "Prix Nadia et Lili Boulanger" à l'Académie des Beaux-Arts. 

Ce qui surprend après avoir vu le film de Dominique Cabrera, c'est de se rendre compte que la plupart des jeunes vus dans ce long-métrage, à l'exception de Suzanne, incarnée par Lola Créton, sont tous des acteurs et actrices amateurs. Alors que je venais de passer 1h34 avec cette bande de prodiges du plongeon, je constate que leur manque d'expérience est largement comblé par le talent exprimé. Mieux encore, les sauts vertigineux qui peuplent le film sont réellement exécutés par les acteurs qui ne sont pas doublés. Le résultat est impressionnant, c'est comme si tous ces jeunes avaient joué la comédie depuis toujours et qu'en plus, c'étaient des sportifs - bravant le danger mais accomplis - à qui l'on dit "chapeau" malgré le risque qu'ils prennent à sauter de ces endroits non sécurisés. Ils ont à la fois un naturel et une certaine aisance à interpréter des rôles, à peine joués,  puisque c'est à peu près leur quotidien que l'on voit dans ce film dramatique matiné policier. Il y a parmi eux Kamel Kadri et Alain Demaria qui sont tous deux très impressionnants. Kamel participe d'ailleurs activement à la bande originale de Béatrice Thiriet pour laquelle il a écrit des chansons qu'il interprète  avec la compositrice ("Au large", "Sirène") "et l'autre avec Imhotep du groupe IAM ("Lettre à Bélise").

Il me semblait en effet plus juste d'engager des jeunes de Marseille adeptes du plongeon auxquels il faudrait apprendre à jouer que des jeunes acteurs venu d'ailleurs à qui apprendre à plonger et à parler Marseillais.

Propos de la réalisatrice

La tranche de vie de ce groupe que l'on suit avec plaisir se passe exclusivement à l'extérieur. Lola Créton interprète une fille issue d'une famille riche, qui souhaite s'intégrer au groupe qui l'attire irrémédiablement, et abandonner du même coup sa vie un peu trop bien rangée, ennuyeuse, alors qu'au contact de ses nouveaux amis, elle vit malgré son vertige. Le vertige est d'ailleurs beaucoup utilisé, que ce soit au sens propre comme au sens figuré. Il est vrai qu'à les regarder sauter, plonger, on devine à peine les risques pris pour aller chercher au plus profond de leur âme des sensations si fortes qu'elles en deviennent quasi addictives. Cela va bien au-delà de la représentation, c'est plus qu'un défi, c'est leur façon d'exister. Malheureusement, l'argent facile reste un piège sournois pour des jeunes en quête d'identité. La trame policière intervient plutôt en filigrane, évoquant des tragédies qui pourraient traduire les malaises de cette génération. C'est un film captivant grâce à ses talentueux acteurs dans un cadre magnifique, grâce à un scénario qui laisse la part belle à l'émotion sous toutes ses formes, le tout souligné par une musique riche et colorée. 

La compositrice a en effet écrit une musique teintée d'électro avec le  très bon premier titre "Corniche Kennedy", possédant du punch -  avec la participation de Kamel Kadri - qui servira de thème principal, puis le morceau suivant est la complainte d'un violoncelle pour un titre plus dramatique, "A trois". Ensuite, la guitare sur "Prélude" nous offre un peu plus de légèreté, et c'est ainsi pour toute la B.O., qui passe avec aisance d'un style à l'autre, d'une musique seule ou avec une voix, d'un instrument facilement identifiable à un autre moins commun, comme sur le morceau "Continuum" qui conserve cette ambiance mystérieuse commencé avec le titre précédent.

C'est un mélange de couleurs musicales, de sonorités, de rythmes et d'ambiances rendant très attrayante, très attachante cette musique qui accompagne parfaitement le film et même, en constitue l'un des principaux éléments. L'intensité, la force, la vivacité sont présents tout au long de ce voyage en harmonies. L'autre exemple vibrant est le titre "La sortie de Marco" où se mélangent l'électro et les voix pour un  track très enlevé. C'est une bande originale qui devient rapidement essentielle, indispensable sur ce film vertigineux qui plaira aux spectateurs et à l'écoute qui ravira les auditeurs.

Titres

1. Corniche Kennedy (feat. Kamel Kadri)
2. A trois
3. Prélude
4. Une bouffée de cigarette
5. Des ombres
6. Continuum
7. La brise d'un soir
8. Un souffle sur la corniche
9. Les plongeurs
10. La sortie de Marco
11. Sirène (feat. Kamel Kadri & Héol Dante)
12. Au large (feat. Kamel Kadri)
13. Les voltigeurs
14. Vers le soleil
15. Lettre à Belise (feat. Kamel Kadri & Fouad Bouchikhi)

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