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Ce blog est dédié à tous (tes) les compositeurs (trices) de musiques de film. A travers des filmographies, des interviews, des cycles, des news et des avis sur leur B.O. , nous vous invitons à (Re)découvrir leurs musiques.

Edouard Rigaudière et Anthony D’Amario : Ils étaient 10 - L'interview

C'est aujourd'hui que sort l'un de mes nouveaux coups de cœur, Ils étaient 10, réalisé par Pascal Laugier. (Actuellement visible sur Salto),  Cette B.O. - dont vous pouvez retrouvez l'article ici - a été composée par deux talentueux compositeurs, Edouard Rigaudière et Anthony D’Amario, à qui l'on doit, entre autre l'excellente B.O. Ghostland . C'est avec beaucoup de gentillesse qu'ils ont accepté de répondre à mes questions . Un grand merci à eux. 

LMDF : Qu'est-ce qui vous a amené à la musique de film ?

Edouard Rigaudière  : J'aimais bien le cinéma, j'ai commencé la musique petit, pour moi ce n'était pas une évidence de faire ça, je pensais que c'était réservé à une élite.  Je me suis intéressé à la musique de film mais je ne connaissais pas la façon de faire, plus tard j’ai compris que je n'avais pas besoin d'être John Williams pour composer et ça m'a fait comprendre que je pouvais aspirer à ça également et le désir de faire du cinéma de la musique en même temps et d'apporter une autre approche sur un film, une série, un court-métrage pour raconter un peu l'invisible.

Anthony D’Amario  :  Moi, j'ai commencé la musique très jeune, à 12 ans, la première fois que ça m'a traversé l'esprit, c’est avec la musique de Thomas Newman, American Beauty, la musique m'avait beaucoup ému à l'époque, j'avais 14-15 ans, quelques années plus tard, j'ai vu 2 films Wall-E et Les sentiers de la perdition, c'était une révélation  -  que j'avais presque déjà eu avant - je voulais faire ça je me suis mis à le faire patiemment. 

LMDF : Comment est né votre duo ?

A.D’A. : Ça s'est fait naturellement sur le premier film que l’on a fait ensemble, Ghostland de Pascal Laugier, je suis arrivé tard sur le film, suite à un désaccord avec le précédent compositeur, et il fallait faire pratiquement l'entièreté de la B.O. mise à part quelques thèmes au piano qui marchaient bien. Rapidement j'ai fait un tiers, et je me suis rendu compte qu’il fallait présenter au réalisateur, Pascal Laugier,  un maximum de choses le plus rapidement possible.  Il fallait donc que je m'entoure pour aller plus vite, j'ai appelé Édouard que je ne connaissais pas beaucoup, mais d’instinct je me suis dit que ses sonorités électroniques pouvaient matcher sur le projet. Ca a plu au réalisateur, on a terminé le film ensemble, après on a remis le couvert ensemble.

E. R. : Tous les deux, on se suivait de loin sur des courts-métrages, des choses comme ça, ça s'est fait naturellement, si on a le temps de bosser à deux, c'est mieux. On s'inspire mutuellement à deux, on s'est rencontré un peu dans l'urgence et c'est aussi une très belle rencontre avec le réalisateur.

A. D’A. :  Vu qu'on a rencontré ce réalisateur sur ce film, ce qui lui a plu c'est le mélange un peu hybride des styles, on rempilé avec lui quasiment après le film. Ça s’est Scellé au moment de la série Ils étaient 10.

LMDF : Sur la série Ils étaient 10,  comment vous êtes vous réparti le travail, est-ce que vous avez travaillé chacun de votre côté, ou  vous êtes vous concertés dès le départ?

E. R.  : On a travaillé ensemble dès le début en fait,  on a fait quelques morceaux chacun de notre côté mais on a  surtout travaillé pour avancer ensemble sur la musique.

A. D’A. : Quand on a démarré, on était à deux pour trouver les idées,  on a enregistré plein de voix d’ailleurs, la b.o. est essentiellement composée de voix, de respirations,  on a enregistré plein de choses au studio à deux, et on a envoyé un package au réalisateur avant même le montage,  même pendant le tournage,  ça faisait un mois qu'il tournait  il y avait déjà 2h30 de musique. Ça lui a plu, et ça a pris corps tout de suite avec les images.

LMDF : Le réalisateur vous a-t-il donné des directives avant le récit, ou vous a-t-il laissé carte blanche ?

E. R. et A. D'A. : On a discuté avec lui, il nous a raconté l'histoire, des choses chose qui lui passait par la tête, et il nous faisait écouter de la musique, il fallait décoder et traduire ce qui lui parlait dans ces musiques qui n’avaient vraiment rien à voir avec la série. On a beaucoup découpé le scénario, et on a commencé à noter des choses pour les séquences, il fallait de la quantité, on a envoyé beaucoup de quantité pour qu'il puisse se projeter vraiment dans l'univers qu'on lui proposait. Il y avait beaucoup d'éléments expérimentaux que l'on entend dans la série cela donnait déjà beaucoup de matière à travailler pour les monteurs, après on a retravaillé les morceaux pour qu’ils soient plus écoutables.

LMDF : C'est une bande son très riche, il y a pas mal de thèmes, d'orchestrations et c'est très bien pour une B.O.. c'est un plaisir pour l'auditeur. Électrocution - Le Fantôme, c'est un des premiers titres qui m’a fait vibrer, comment avez-vous comment vous avez pensé l'orchestration de ce morceau ? 

A. D’A. : On s'est inspiré d'un morceau de Ghostland, il fallait ce côté un peu direct et dissonant, pour faire penser à un choc électrique qui monte, qui monte, et qui s'intensifie.

LMDF : La musique a une force, une puissance on peut penser que c'est un film d'horreur. 

A. D’A. : C'est pour la télévision française, donc ce n'est pas vraiment de l'horreur, ce n'est pas dans le cahier des charges mais le réalisateur est un fan de films d'horreur et ça ressort dans la BO.

LMDF : Qu'avez-vous utilisé pour le morceau l'île du Diable ?

E. R.  et A. D’A. : On a enregistré des percussions, on a essayé de trouver des percussions vaudou pour donner ce son et ce  côté un peu vaudou, un peu mystérieux, sorcier. On a pris des bouts de bois pour taper, et on a rajouté des effets. En rajoutant des rythmes avec les voix, on voulait mettre en relief la singularité des voix et du morceau. C'est une ambiance particulière, c'est comme un instrument rythmique, la voix, ça rappelle un peu les voix du passé qui reviennent hanter les personnages.

LMDF : J'ai beaucoup aimé le Thème amoureux, le développement du thème de Nina sur lequel on entend des cordes déchirantes au début puis qui devient de plus en plus beau.

E. R. et A. D’A. : C'était l'idée de garder un côté étrange, le côté très féminin et la conservation de ce côté un peu glauque des histoires d'amour contrariées, qui terminent mal, et que tu aimerais rejouer quelquefois de façon différente et décliner sur plusieurs émotions. Il fallait que ce soit une beauté avec un aspect sombre.

LMDF : J'ai trouvé que le thème de la mort, qui est habituellement un thème sombre, était très beau et très esthétique, avec un côté léger.

E. R.  et A. D’A. : C'est pareil, on a essayé de trouver une ambiance un peu ambiguë qui soit à la fois étrange et qui évoque la notion de regret de remord sur les flash-backs.

LMDF :  Est-ce que vous avez pensé épisode par épisode ou avez-vous  travaillé la série dans sa globalité ? 

E. R.  et A. D’A. : On a travaillé plutôt globalement sur la série, développé plutôt par thématique, pas forcément sur les personnages, mais plutôt sur des thèmes et des concepts. En fait, l'idée était de faire des thèmes qui traversent la série, sur des concepts transversaux de la série. Après il y avait des besoins spécifiques aux épisodes, mais la globalité de la musique a été faite dans sa transversalité. C'était pour épouser cette globalité qu'il fallait proposer un son avec certains thèmes déjà présents, qui étaient les thèmes principaux, et ça nous a beaucoup servi, on a écrit des musiques déclinées des thèmes principaux selon l'ambiance pour l'adapter à la séquence, s'il y avait une séquence de tension, d'investigation, d'émotion, on pouvait décliner le thème.

LMDF : Est-ce qu'il y a un thème qui a été plus difficile à travailler que les autres ?

E. R.  et A. D’A. : Le thème Le Fantôme, la deuxième partie d’Électrocution - Le Fantôme, a été une séquence difficile à écrire, effectivement il y a plusieurs versions et celle qu'on entend dans la série est la troisième version. Cette troisième version n’est pas le thème préféré du réalisateur encore aujourd’hui. Ce qu'on a préféré faire, c'est le premier morceau, Les Dix, le thème principal de la série, mais ce n'est pas exactement dans cette forme-là dans la série, il reflète très bien notre travail dans la série donc il est au générique.

Les deux compositeurs se sont déjà attelés à la musique d’une très belle série à venir…

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