Interview : Vladimir Cosma

Publié le par Patrick

Le Grand Rex accueille Vladimir COSMA pour une série de concerts du 16 au 18 Juin.

Un nouveau rendez-vous à ne pas manquer !!!

En attendant les beaux moments que ce grand compositeur nous réserve, j'ai eu la chance de pouvoir l'interviewer.

Je l'en remercie chaleureusement,  pour sa gentillesse et sa disponibilité.

Merci pour ce moment d'échange, merci pour ces musiques qui m'accompagnent depuis tant d'années et avec lesquelles la vie est plus belle.

La Musique De Film : Cela fait maintenant plus de 30 ans que vous faites des concerts un peu partout avec toujours le même succès, comment a débuté l'idée de faire des concerts ? 

 Vladimir Cosma : C'est Charles Pasqua qui m'a appelé un matin vers la fin 1990. Il me proposait de faire un concert qu'il souhaitait organiser pour ouvrir une nouvelle salle de spectacle à Nanterre. Il voulait que je fasse un concert avec l'orchestre de l'Île-De-France, un concert symphonique dans lequel je jouais mes musiques de films. Je n'étais pas prêt, je n'avais pas encore de programme qui était prêt pour une orchestration symphonique et j'avais des succès, mais le succès de morceaux disparates comme Le Grand Blond avec une chaussure noire avec une flûte de pan ou, La boum avec un chanteur, etc.. Mais faire tout un concert avec un orchestre philarmonique symphonique, il fallait tout réécrire. C’est comme cela que tout a commencé. 

LDMF : Généralement, comment se passe la programmation des concerts ? Comment sont choisis les titres et les suites qui vont être joués ce soir-là ? 

V.C. Je choisis mes programmes, bien sûr. Je programme les morceaux en essayant de choisir des morceaux qui sont appréciés par le public et qui sont attendus par les gens qui vont venir et en même temps, j'essaie de donner certaines nouveautés, certaines surprises que je n'ai pas jouées dans les programmes précédents. 

LMDF : Comment se forment vos arrangements en concert ? Souvent, lors de vos concerts, on a l'impression de redécouvrir la musique encore plus belle. Comment du coup se fait le choix des arrangements différents au niveau de ces suites ? 

V.C. : Ce sont des musiques que j'écris spécialement pour les concerts. C'est une recréation de mes musiques connues auparavant à travers les films, et j'essaie de leur donner un peu plus de plus d'ampleur parce qu'en fait, ce qui me manque dans la musique de film, c'est de ne pouvoir développer au maximum les morceaux. Et des musiques sont habituellement assez courtes dans les films, les musiques durent, une minute, une minute et demie, deux minutes, ça dépasse rarement deux minutes. Dans les concerts, je leur donne une forme concertante. Je les développe. Et donc ça fait des vrais morceaux de concert. 

LMDF : Et j'ai remarqué justement dans les concerts, que vous avez de très talentueux solistes. Avec eux, on passe des moments formidables, par exemple, sur Le bal des casse-pieds, Le dîner de cons,. Comment vous travaillez ces morceaux avec les solistes ? Y a-t-il une préparation en amont ? 

V.C. : Et bien le travail, vous savez, vous parlez de Le bal des casse-pieds : dans la musique originale du film, il y avait un soliste qui était Tony Coe. Maintenant, il y a 3 ou 4 solistes qui s'ajoutent avec un agrandissement, des arrangements et différents solistes, de très grands interprètes ou des gens très connus qui changent souvent, parfois on reste dans la même lignée que dans le film, mais je leur donne toujours la place pour pouvoir s'exprimer librement pendant les minutes où ils sont solistes. 

LMDF : Ca fait des très beaux morceaux. C'est vrai que c'est une très belle façon de redécouvrir chaque fois vos musiques. Est-ce que vous avez des musiques que vous préférez dans ce que vous dirigez ? 

V.C. : Non, je n'ai pas de musique que je préfère, mais je j'essaie à chaque fois de donner le meilleur de moi-même. Pour chaque morceau, pour chaque style. Et c'est comme quand vous avez plusieurs enfants. Il n'y a pas de vraie préférence, je les aime toutes. Il y a des soirées où je préfère jouer tel morceau parce que tout d'un coup il y a Il y a quelque chose qui se passe entre les solistes et l'orchestre mais le soir d'après, ça peut être un autre morceau. Il n’y a pas une constante dans mes préférences. 

LMDF : Et parmi les titres que j'adore et qu'on retrouve très souvent dans les concerts, il y a Le concerto de Berlin, comment a été conçu ce magnifique morceau ? 

V.C. : Le concerto de Berlin est conçu comme une pièce concertante pour violon et orchestre. La spécificité est que ça parcourt L'histoire du violon. En commençant par une pièce qui pourrait être quelque chose dont dans la lignée d'un du concert de Mendelssohn, pour violon et orchestre. Et petit à petit, la musique évolue. Elle passe par Bartók, par Brahms, pour arriver à une musique parfois très contemporaine, proche de Bartok. Donc on fait une espèce d'histoire du concerto de du violon dans un morceau, dans un mouvement. 

LMDF : C'est vrai que le résultat est vraiment très bien et en il est très important dans le film en fait puisqu'il s’agit d’un élément majeur dans la fin du film en plus. Dans les autres titres, il y a aussi Le grand blond avec une chaussure noire qui ravit toujours les gens qui l'écoutent, qui fait toujours plaisir à entendre Comment s'est construit ce thème ? 

V.C. : Le thème est construit sur ce qu'on appelle en musique classique une forme AB. AT : il y a un thème principal, il y a un thème qui constitue une transition entre la première partie et la reprise du thème. Et voilà, c'est une construction très classique. 

LMDF : Par ailleurs, une suite de la magnifique BO d'Octave que j'ai découverte dans le formidable coffret, Les Introuvables, vol.4,  pourrait-elle avoir sa place un jour, dans un concert ? 

V.C. : Oui, bien sûr que ça pourrait avoir sa place. Il y a beaucoup de morceaux, ils peuvent avoir place dans les concerts mais je ne peux pas toujours les inclure parce que la durée d'un concert ne doit pas dépasser 2 h environ, une fois que j'ai mis les thèmes qui sont incontournables, que le public attend et qu’il aime et qui sont la quintessence du pourquoi ils sont venus au concert. Je parle des musiques comme le Rabbi Jacob ou La Boum ou Diva ou tout ça je suis obligé de les jouer. Une fois que j'ai commencé par programmer les morceaux obligatoires indispensables, il reste très peu de temps pour jouer d’autres pièces, mais j'essaye de le faire petit à petit. 

LMDF : Justement par rapport aux concerts qui arrivent au Grand Rex du 16 au 18 juin, est-ce que vous pouvez nous donner quelques infos qui ne seraient pas sur les canaux habituels (Surprises) ?   

V.C. : Non, parce que d'abord les surprises, s'il y en a, sont des surprises à découvrir le soir du concert. Sinon il y a toujours une brochette de solistes exceptionnels. Cymbale, flûte de pan, Kéna, tous ces instrumentistes merveilleux que j'utilise beaucoup dans mes musiques et qui sont la plupart présents le soir des concerts. 

LMDF : Vous avez, en même temps que le concert, une autre actualité puisque vous avez été à l'affiche d'un film, qui est sorti récemment, Le cours de la vie. Vous avez retrouvé donc le réalisateur après quelques autres films que vous avez fait avec lui dont Hitler à Hollywood avec une superbe musique. Vous a-t-il donné des consignes particulières par rapport à ce film ? 

V.C. Vous savez, Frédéric Faucher est un metteur en scène avec lequel j'ai collaboré, je collabore déjà depuis plusieurs films et il me fait très grande confiance. Et il me demande à moi de trouver les idées, le style qui convient pour le film en question. Donc si vous voulez, c'est à moi de de de trouver l'idée et de lui présenter et lui proposer. La plupart du temps, il est d'accord et il accepte. 

LMDF : L'année dernière, vous avez sorti le livre Mémoires : Du rêve à Reality. Est-ce que vous pouvez en parler un tout petit peu ? 

V.C. : Je n'aime pas le décrire parce qu'il faut le lire, mais il retrace mon parcours de vie. Ça décrit ma vie depuis que j'ai été petit enfant en Roumanie. On finit par l'arrivée en France, mon apprentissage de la musique en grande partie en France (je suis arrivé vers 23 ans) puisqu'une autre partie, j'étais déjà formé en Roumanie, j’avais fait déjà une fois les conservatoires là-bas, donc ce sont des mémoires qui se veulent assez complètes sur le plan personnel et sur le plan professionnel. 

LMDF : Au niveau de vos autres actualités, après les concerts, est-ce que vous avez d'autres actualités des films à venir ? 

V.C. : Je serai en concert à St Raphaël le samedi 29 juillet et j'ai un tas de projets de musique qui ne sont pas forcément liés à des films.  

LMDF : En conclusion, Quel regard portez-vous sur l'évolution de la musique à l'image depuis le début de votre carrière ? 

V.C. : Vous savez, la musique pour l'image a évolué et elle est revenue un peu à ce qu'elle était à son début. Parce qu'au début de la musique de film, les films n'étaient pas accompagnés forcément de musique originale, il y avait des orchestres dans les cinémas qui jouaient, qui accompagnaient des films au bon vouloir du chef d'orchestre qui choisissait telle ou telle musique existante pour accompagner des scènes qu'on lui présentait petit à petit. Il y a eu cette idée de faire des musiques originales. D'ailleurs, c'est Saint-Saëns qui est un des premiers qui a fait une musique originale pour un film et s'en est suivi une assez grande période. On a créé la musique de film entre guillemets, c'est-à-dire qu'on on a créé un genre nouveau qui s'appelle musique de film, qui a dit qu'on faisait des musiques pour chaque film. Le genre “Musique Originale”, il ne se fait que depuis une vingtaine d'années. La roue a changé et on est revenu plus ou moins à la première formule, c'est-à-dire qu'il y a de plus en plus de musique existante, qui est introduite dans les films nouveaux. Je veux dire des chansons, des musiques, des pièces symphoniques, toutes sortes de musiques, de danse, des musiques connues parce que les metteurs en scène veulent avoir des musiques qu'ils connaissent et qu'ils aiment avant de faire la musique, la part de la musique originale, a diminué de plus en plus dans le film, au point qu'aujourd'hui vous avez une proportion d'environ 80 ou 90% de musique préexistante dans les films et que 10, 20% ou rien du tout de musique originale. Par ailleurs, c'est ce même processus qui s'est passé avec la musique de scène ou les musiques de ballet. On ne compose plus tellement de musique originale de ballet, on joue toujours des pièces du répertoire connues, mais la musique existe toujours et elle perdure toujours. Il faut qu'elle soit belle et si elle est belle elle est utilisée pour les films, pour l'opéra, pour les ballets, pour le théâtre et tout ça. Mais ce ne sont pas forcément les musiques écrites pour le spectacle lui-même. 

Publié dans Interview, Vladimir Cosma, 2023

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S
interview intéressante, mais vladimir cosma avance des chiffres concernant le pourcentage de musique préexistante au détriment de la musique original dans le cinéma d’aujourd’hui, sans citer ses sources. D’où viennent ces chiffres ? À ma connaissance je n’ai rien eu de tel. Il faudrait faire une étude statistique précise. Et si on se rapporte à l’année 2022, ce chiffre n’est pas valable. La musique originale est bien majoritaire dans le cinéma français du moins.
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