Synopsis : Sous le régime de Vichy, 45 000 internés sont morts dans les hôpitaux psychiatriques français. Un seul lieu échappe à cette hécatombe. À l’asile de Saint-Alban, soignants, malades et religieuses luttent ensemble pour la survie et accueillent clandestinement réfugiés et résistants. Grâce aux bobines de films retrouvées dans l’hôpital, Les Heures Heureuses nous plonge dans l’intensité d’un quotidien réinventé où courage politique et audace poétique ont révolutionné la psychiatrie après-guerre.

Les heures heureuses de Martine Deyres est un documentaire passionnant sur l'asile de Saint-Alban où les patients étaient traités différemment des autres hôpitaux psychiatriques. Ici, grâce aux psychiatres  Lucien Bonnafé et  François Tosquelles, qui fut l'un des précurseurs de la psychothérapie institutionnelle,   le traitement des malades ne prenait pas la même forme,  l'humanité prévalait sur la science. Et la différence s'est surtout fait ressentir durant la guerre où les conditions de vie n'avaient rien à voir avec les autres hôpitaux où mourraient de très nombreux malades. Dans ce lieu privilégié, patients et surveillants travaillaient ensemble, vivaient ensemble. Dans ce film, monté avec des images et films d'archives, on apprend comment les uns et les autres vivaient au quotidien,  ce qui permet au spectateurs de se sentir plus proches des malades comme des surveillants. Le film foisonne de témoignages, de morceaux de vie, en noir et blanc. L'un des thèmes (L'abeille) composé par Olivier Brisson ressemble beaucoup à ce que l'on entend dans les fêtes de village, comme joué par une fanfare, cette bonne  ambiance collective se retrouve dans sa musique et dans les récits de chacun. Durant la guerre, cet endroit ne servait pas uniquement à accueillir des malades, il servait aussi d'asile dans le sens le plus large du terme aux réfugiés, comme, par exemple,  Paul Eluard (Ami de Lucien Bonnafé) qui y séjourna en 1943, avec sa femme, lui qui participait activement à la littérature clandestine. Deux ans plus tard, c'est Jean Dubuffet qui s'y rendra pour découvrir les créations d'Auguste Forestier et Benjamin Arneval qu'il expose dès l'ouverture du Foyer de l'art brut. Faisant aussi partie de cet art brut, ce sont les aquarelles et broderies de Marguerite Sirvins. La musique de ce long métrage a été composée par Olivier Brisson, elle  peut être écoutée (et achetée) sur le site Bandcamp. Mêlant des voix off du film, des bruitages et la musique, cette B.O. contient, outre le thème dont je vous ai parlé plus haut, de très beaux titres comme Le cimetière des fous (avec un extrait du poème du même nom,  de Paul Eluard, lu par Marie Bonnafé), Le Villaret ou le Générique de fin. J'aime beaucoup aussi les morceaux plus sombres tels  La guerre ou La résistance. Le compositeur utilise différents sons pour créer  une ambiance  originale qui accompagne ce documentaire d'une qualité historique avec un savant dosage d'humanité et de tendresse.

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